24 août - Librairie Météores

[Rencontre/Discussion] Permanences Critiques - Par delà les discriminations et privilèges ?

Suite à la sortie du dernier numéro de notre revue Permanences Critiques, une envie dans l’équipe de rédaction s’est fait ressentir :
celle de confronter les textes aux lecteurs et lectrices.

Bruxelles |

Suite à la sortie du dernier numéro de notre revue Permanences Critiques, une envie dans l’équipe de rédaction s’est fait ressentir :
celle de confronter les textes aux lecteurs et lectrices.

Cette démarche est essentielle pour nous, a fortiori pour la thématique abordée :
les notions de privilèges et discrimination dans un cadre de stratégies militantes.

Nous serons présent.e.s le mercredi 24 août à la Libraire Météores pour revenir sur certaines passages et discuter avec vous, autour d’un verre.

Pour en savoir plus sur la revue Permanences Critiques :
https://www.arc-culture.be/permanences-critiques/

La soirée commencera à 19h !

Inscription souhaitée : communication@arc-culture.be


Éditorial

Le dossier de ce quatrième numéro de Permanences critiques, intitulé « Par-delà les discriminations et les privilèges ? », entend ébaucher une critique des catégories de discrimination et de privilège à partir desquelles nous, particulièrement dans le secteur associatif et militant, pensons souvent les différentes formes d’inégalité et de domination (de classe, de race, de genre, de sexualité) qui structurent le champ social. Tout en reconnaissant l’intérêt relatif de ces deux notions, les différentes contributions du numéro en interrogent les limites, dans l’objectif de nourrir un débat à la fois théorique et politique, en montrant, à partir de différents points de vue, la valeur irremplaçable d’autres approches critiques du pouvoir et des dominations, qui engagent d’autres perspectives théoriques, politiques et stratégiques que celles qui accompagnent le plus souvent les luttes contre les discriminations et les privilèges. Nous souhaitons ainsi mettre en avant des conceptions davantage systémiques, structurales et matérialistes des inégalités sociales, tout en proposant un effort de clarification conceptuelle et un regard critique sur les limites de ces deux notions actives dans le champ idéologico-politique contemporain que sont la discrimination et le privilège.

Les deux catégories soumises ici à l’examen critique peuvent être suspectées, notamment : d’individualiser la question de la domination et des luttes, au lieu de se placer au niveau structurel et systémique des rapports sociaux ; de véhiculer un schème idéaliste et subjectiviste de la lutte et de l’émancipation par prise de conscience et autoréflexion, en inscrivant épistémologiquement la domination dans le registre de l’illusion et du préjugé, subordonnant ainsi les transformations sociales à une forme de correction cognitive par déconstruction des représentations ; de centrer la critique et la réflexion stratégique sur le point de vue des groupes dominants et privilégiés eux-mêmes, au lieu de penser une émancipation par et pour les groupes subalternes et dominés ; de réifier comme un ensemble de ressources quantifiables et mesurables ce qui devrait plutôt se penser en termes relationnels et dynamiques de rapports sociaux et de pouvoir ; de minimiser la radicalité et l’épaisseur historique des rapports de domination inscrits au plus profond des corps et des psychismes des sujets, en charriant l’image d’une déviation, d’un écart accidentel à une norme égalitaire qui existerait au moins à l’état latent ou virtuel dans les rapports existants, au lieu de saisir le caractère fonctionnel des dominations dans la structure sociale actuelle. Si tout usage de ces deux notions ne tombe pas nécessairement sous le coup de ces critiques, il importe néanmoins de nous demander si, pour faire réellement advenir une société au-delà des discriminations et des privilèges, il ne serait pas nécessaire de penser les dominations par-delà de ces deux notions.

L’étude de Jean Matthys qui ouvre ce numéro propose une reconstruction d’ensemble de la théorie du social et des perspectives de lutte implicitement véhiculées par les notions de discrimination/privilège, afin d’en révéler le caractère idéaliste, individualisant et moral. Défendant au contraire la nécessité d’une approche structurelle et systémique des rapports sociaux de domination, l’auteur invite à reconnaître l’insuffisance des stratégies individuelles, purement subjectives, morales et déclaratives, de lutte contre les discriminations et les privilèges, qui, d’une certaine manière, sont aussi le reflet et le symptôme d’une forme d’impuissance politique caractéristique de notre époque. Il s’agirait alors de poser la nécessité d’une lutte pleinement collective contre les dominations, et d’affronter par conséquent la difficile question des formes d’organisation politique des mouvements de lutte.

Les trois analyses constituant le reste du dossier proposent de compléter et complexifier ce diagnostic critique en l’éclairant, l’enrichissant ou le diffractant depuis différents points de vue.

Dans son analyse, Aurore Koechlin prend pour cible une tendance de certains milieux militants à faire usage de la notion de privilèges pour analyser les dominations sociales à un niveau seulement (inter)individuel, en occultant par là même la question centrale du rôle que jouent les structures sociales dans la production et la reproduction des privilèges. S’il peut être utile de saisir les enjeux à un niveau individuel, il n’en est pas moins nécessaire de ne pas s’arrêter à cette échelle « micro », et de penser les structures (rapports de classe, rôle des institutions et de l’État, etc.) qui déterminent les représentations et comportements individuels. Ce n’est qu’à la condition d’élever le regard et les enjeux des luttes jusqu’à ce niveau structurel qu’il deviendra possible d’en finir collectivement avec une société marquée par une multitude de rapports de domination.

Si l’étude de Jean Matthys et l’analyse de Koechlin insistent sur le caractère structurel des dominations afin de s’opposer à la perspective individualisante portée par un approche en termes de privilèges et de discrimination, l’analyse de Ghaliya Djelloul prend le contrepied et critique au contraire ces deux notions au nom du fait que, malgré leurs mérites, elles tendent à figer et substantialiser le pouvoir des structures « macro », rendant ainsi impensable les puissances de résistance des sujets à un niveau plus « micro ». Les notions de discrimination et de privilèges tendent à faire des sujets subalternes les objets passifs des rapports de domination, focalisant l’attention et la capacité d’action sur les groupes dominants (privilégié·e·s), et ne permettant ainsi pas de reconnaître le savoir et la capacité d’action et de résistance des groupes marginalisés. On pourrait alors dire que, de ce point de vue, parler de discrimination et de privilèges, c’est encore reproduire le discours de la domination sur la domination, c’est-à-dire occuper et valider implicitement le point de vue que la domination elle-même porte sur ses propres normes dominantes, au lieu de partir du vécu des subalternes pour le ramener des marges au centre de la réflexion.

L’analyse de Norman Ajari conclut ce dossier en abordant la question par le prisme spécifique du racisme. Il propose une définition radicale de la domination raciste comme forme d’extraction de quantité et de qualité de vie de populations définies comme inhumaines au profit d’autres groupes sociaux. Les rapports sociaux de race relèvent alors d’enjeux non pas d’abord de reconnaissance, d’identité ou de culture, mais de vie ou de mort. Une telle approche nous enjoint à ne pas occulter les dimensions de déshumanisation et de destruction toujours présentes, d’une manière ou d’une autre, dans les différentes formes de manifestation du racisme – horizon de mise à mort plus ou moins lente ou rapide, susceptible d’accélération et d’intensification à l’occasion de différentes crises sociales, économiques ou sanitaires.

Ce numéro se clôt avec un varia d’Adrien Godefroid qui propose une critique de la notion de fracture numérique, dont il montre qu’elle tend à laisser hors champ la question politique de la désirabilité de la numérisation. À la lumière d’entretiens réalisés dans le cadre d’un travail de recherche, il propose alors d’appréhender les « fracturé·e·s numériques » moins comme les victimes passives d’inégalités en termes de compétences ou d’accès à une numérisation non questionnée, que comme des acteur·ice·s porteur·se·s d’une forme de résistance infra-politique à la numérisation. Cette résistance critique se soutient d’une référence à différents registres de justification proprement politiques dont la prise en compte pourrait ouvrir des perspectives d’alliances stratégiques entre différents groupes de « non-numérisé·e·s » que la seule approche en termes de fracture numérique tend à maintenir séparés.

Voir en ligne : Arc Culture

Agenda

[Rencontre/Discussion] Permanences Critiques - Par delà les discriminations et privilèges ?

 mercredi 24 août 2022  19h00 - 22h00
 mercredi 24 août 2022
19h00 - 22h00
 Librairie Météores,

 

rue Blaes 207, Bruxelles

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