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La NVA refuse de célébrer la Résistance : un choix politique et historique.

La NVA refuse de célébrer la Résistance : un choix politique et historique.

Belgique | sur https://stuut.info | Collectif : Bruxelles Dévie
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Bart De Wever après sa victoire le 9 juin.

Le 8 mai, jour de la victoire des Alliés et de la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945, est une date symbolique pour l’Europe et la Belgique. Pourtant, la proposition de l’Open VLD de commémorer officiellement cette journée en l’honneur de la Résistance belge a suscité une opposition farouche de la N-VA. Ce refus, bien que justifié par des arguments administratifs, apparaît presque comme une piqûre de rappel des racines historiques et idéologiques du parti, dont il ne s’est jamais défait, malgré une stratégie de lissage de son discours.

En effet, la N-VA s’est opposée à la proposition de l’Open VLD en invoquant une surcharge administrative et un risque de récupération idéologique. Le parti a affirmé que la commémoration du 8 mai était récupérée par des régimes communistes, citant la Russie, la Chine et la Corée du Nord comme exemples. Pour contourner l’initiative de l’Open VLd d’inscrire ce jour comme jour férié, la N-VA a proposé une alternative : commémorer la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, une date qui marque la fin du bloc soviétique et qu’elle juge plus neutre.

Sous la pression de la NVA, l’Open VLD a cédé et la proposition initiale a été reformulée : le 8 mai deviendrait une simple journée de « commémoration » sans être un jour férié, et la création d’un musée dédié à la Résistance a été abandonnée. Cette concession a provoqué des critiques de la part du PS et d’autres partis, dénonçant un effacement de la mémoire de l’Histoire antifasciste belge. La position de la N-VA a également mis dans l’embarras la coalition Arizona, composée notamment de l’Open VLD, qui prônait la reconnaissance officielle de la Résistance. Plusieurs élu·e·s se sont indigné·e·s, soulignant l’absurdité de comparer la Résistance belge aux régimes communistes contemporains.

Un héritage historique : du VNV à la N-VA.

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Congrès VNV de refondation du parti après la guerre.

L’opposition de la N-VA à la commémoration de la Résistance ne peut être comprise sans examiner l’ancrage idéologique et l’histoire de ce parti. En effet, la NVA prend ses racines dans le Vlaams Nationaal Verbond (VNV – l’Alliance nationale flamande), un mouvement collaborationniste pro-nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Le VNV était également un parti d’extrême droite flamand, il projettait l’indépendance de la Flandre avec Bruxelles comme capitale. Fort de 100 000 membres, le VNV soutenait la rhétorique nazie, adoptant un discours antisémite et prônant un nationalisme flamand exclusif.

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Star De Clerq, fondateur du VNV durant un congrès anti-bolchevique.

Après la guerre, le VNV a été officiellement dissous, mais ses idéaux ont perduré à travers la Volksunie (VU), un parti nationaliste flamand fondé en 1954. La VU a notamment milité pour l’amnistie des anciens collaborateurs et a servi de passerelle entre le VNV et la N-VA. Lorsque la VU s’est dissoute en 2001, une partie de ses membres, dont Geert Bourgeois, Bart De Wever et Ben Weyts, ont fondé la N-VA, qui a hérité de certaines revendications nationalistes tout en cherchant à se présenter comme un parti plus modéré.

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Congrès de la Volksunie.

Des controverses récurrentes sur la collaboration

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Bart De Wever et son fils portant un symbole romain le 9 juin.

La N-VA a été plusieurs fois impliquée dans des controverses liées à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs figures du parti ont participé à des événements rendant hommage à d’anciens collaborateurs nazis.

Comme lorsqu’en 2014 par exemple, Jan Jambon, alors ministre de l’Intérieur, a suscité l’indignation en déclarant que les collaborateurs « avaient leurs raisons »*. Cette déclaration a été largement critiquée, Jambon a également participé à des commémorations et des événements où des figures ayant collaboré avec l’Allemagne nazie étaient mises à l’honneur.

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Jan Jambon N-VA, 2014.

De son côté, Theo Francken, figure du parti et Ministre de la Défense, a rendu hommage à Bob Maes, un ancien membre du VNV impliqué dans des activités d’extrême droite. Bob Maes, fondateur du groupe nationaliste radical Vlaamse Militanten Orde (VMO), a été une figure influente du nationalisme flamand post-guerre, militant pour l’amnistie des anciens collaborateurs nazis.

Par ailleurs, plusieurs autres membres de la N-VA ont participé à des colloques célébrant des figures du nationalisme flamand, dont certaines ayant des liens direct avec le fascisme de la Seconde Guerre. Des noms tels qu’Oswald Van Ooteghem, ancien du VNV et défenseur des collaborateurs, ont été évoqués lors de ces colloques.

En parallèle à ces controverses, le Parlement flamand, dominé par la N-VA, a également mis à l’honneur deux collaborateurs nazis pour ses 50 ans. Cela illustre une continuité idéologique dans la manière dont ce parti traite la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

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Newsweek Magazine édition spéciale pour les 50 ans du parlement flamand.

Ce refus s’inscrit dans une logique où l’accent est mis sur l’histoire du nationalisme flamand, au détriment de la reconnaissance des mouvements de résistance ayant combattu l’occupation nazie. Cette décision, vivement critiquée par les associations de mémoire et d’ancien·nes résistant·es, renforce l’image d’un parti qui, loin de rompre avec son passé collaborationniste, continue d’entretenir une certaine ambiguïté à son égard.

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Bart De Wever.

En refusant de commémorer officiellement la Résistance belge, la N-VA perpétue cette ligne collaborationniste, privilégiant des références historiques qui servent son agenda nationaliste flamand. La volonté de substituer la commémoration du 8 mai par la chute du Mur de Berlin illustre cette démarche, visant à minimiser le rôle de la Belgique et de sa résistance clandestine dans la lutte contre le nazisme tout en s’inscrivant dans leur rhétorique anti-communiste.

Sources :

Sources :

  • France 3 « Belgique : deux ministres accusés de complaisance à l’égard de la collaboration avec l’occupant nazi. » France 3, 15 oct. 2014. Disponible ici.
  • La Libre Belgique. « Bart De Wever, chroniques d’une ambition (4/5) – 2001 : la déchirure de la Volksunie qui laisse des traces. » La Libre Belgique, 19 août 2016. Disponible ici.
  • Le Soir. « Un élu N-VA au colloque sur Van Severen, ancien leader fasciste flamand. » Le Soir, 22 oct. 2014. Disponible ici.
  • Le Soir. « Jan Jambon : ‘Les gens avaient leurs raisons de collaborer avec l’Allemagne’. » Le Soir, 13 oct. 2014, Disponible ici.
  • RTBF. « Politique : une résolution sur la mémoire de la Résistance est reportée, créant l’embarras dans les rangs de l’Arizona. » RTBF, 21 juin 2023. Disponible ici.
  • RTBF. « Pour ses 50 ans, le Parlement flamand met à l’honneur deux collaborateurs nazis dans une édition spéciale de Newsweek. » RTBF, 19 janv. 2024. Disponible ici.
  • RTBF. « Quand Karlijn Deene, mandataire N-VA, rendait hommage à des collabos. » RTBF, 17 oct. 2016. Disponible ici.
  • Socialisme.be. « À propos de la collaboration, de l’extrême droite et de la N-VA. » Socialisme.be, 20 nov. 2014. Disponible ici.

Voir en ligne : BXL Dévie

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