UBT/UBER : déchirez l’accord secret !

L’UBT a conclu un accord secret avec la multinationale américaine UBER, un accord faisant miroiter l’illusion d’une possible concertation sociale avec la multinationale . Ce pacte révélé à la presse le 21 octobre, a surpris tout le monde, à commencer par les livreurs et les chauffeurs LVC qui se battent sur le terrain depuis plusieurs années.

Belgique |

L’UBT [1] prétend triomphalement que l’accord est un premier pas vers la « concertation sociale » dans le secteur, mais rien n’est moins vrai. Depuis deux ans, Les plateformes s’efforcent de légaliser leur mode opératoire. Les documents “Uber files” révélés cet été prouvent que cette compagnie a bâti ses opérations et ses profits sur le viol des droits sociaux les plus essentiels. Elle a subi de nombreux procès qui lui ont valu mauvaise presse. Elle a inflitré des groupes whatsapp et facebook de chauffeurs et de coursiers qui s’organisaient pour défendre leurs droits. Elle a corrompu des politiciens dans plusieurs pays pour favoriser des législations en sa faveur. Depuis un an, Uber — Uber Eats et tous les autres acteurs qui s’enrichissent grâce au capitalisme de plateforme comme Deliveroo, Frichti… tentent également de rallier les appareils syndicaux à leur cause en proposant un « dialogue social » bidon. Voilà dans quoi s’engage UBT qui admet devoir maintenant affilier des chauffeurs, des coursiers pour avoir une base représentative.

Nous publions ici une lettre dont voici les signataires :

  • Collectif des coursiers (Belgique),
  • UCLB, Union des Chauffeurs de Limousines belge (Belgique),
  • CTT, Collectif des Travailleurs de Taxis (Belgique),
  • CLAP, Collectif des livreurs autonomes à Paris (France)
  • Ni un repartidor Menos / Ni una repartidor menos, collectifs des coursier.ère.s (Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Chili, Equateur, Paraguay, Pérou, Uruguay),
  • Observatorio de Plataforma (Equateur),
  • RidersCollective (Autriche),
  • SiTraRepa (Argentine)‘

Lettre à Frank Moreels, Président de l’UBT, centrale des transports de la FGTB

Le 21 octobre 2022, vous étiez très fier d’annoncer par voie de presse avoir signé avec Uber un accord prétendument historique.
Si on reconnaît ici les méthodes brutales d’Uber qui a décidé de s’attaquer au syndicalisme, on peut se poser la question de vos intentions et de celles de votre syndicat, l’UBT.
Cet accord, absurde et néfaste, s’est fait dans le dos des collectifs de coursiers et de chauffeurs et des autres syndicats actifs sur le terrain.
Dans un exercice de communication surréaliste frôlant l’hypocrisie, vous nous expliquez que, grâce à cet accord, les coursiers et les chauffeurs auront l’assistance d’un représentant syndical dans le local d’Uber alors que jusque-là ils étaient obligés de se représenter eux-mêmes !
Vous faites fi de l’historique de la lutte des travailleurs des applis. Primo, vous oubliez tout le travail réalisé, entre autres, par le collectif des coursiers depuis 2016 sur le terrain, dans le froid et dans la pluie, afin d’informer les travailleurs de leurs droits et de les assister dans leurs éventuelles démarches auprès des syndicats, et en particulier de la CSC-United Freelancers, section d’indépendants né en 2019. Et les chauffeurs ne vous ont pas non plus attendu pour se mobiliser en Belgique. Secundo, vous oubliez que la FGTB et la CSC représentent actuellement une trentaine de coursiers dans un procès contre Deliveroo, sans qu’aucun accord préalable n’ait été nécessaire pour défendre leurs droits.
Dans le communiqué d’annonce, vous déclarez qu’il ne faut pas se diviser, alors même que l’UBT signe un accord secret dans le dos de tous, rompant ainsi le front commun et tombant dans le piège grossier que lui a tendu Uber qui consiste à diviser pour mieux régner.
Dès lors, quelle légitimité donner à un accord « historique » où personne n’a été consulté si ce n’est l’employeur Uber ?
De quel dialogue social parlons-nous lorsque Uber au grand dam des travailleurs locaux impose son syndicat, comme il l’a fait avec GMB en Angleterre ?
On voit ici que ce sont les plateformes qui dictent leurs conditions, en signant un accord avec l’UBT, déconnectée des réalités des travailleurs et ne représentant plus qu’elle-même.
Alors quel est l’intérêt de signer un tel accord, coquille vide ne reprenant pas les principales revendications sur la rémunération et sur le statut pour lesquelles les coursiers et les chauffeurs se battent corps et âme depuis 2018 ?
Pourquoi signer un tel accord, faisant peu de cas des travailleurs que vous prétendez défendre et qui sert les intérêts d’Uber en lui permettant de s’acheter une virginité sociale, justement à un moment crucial de détermination de la
directive européenne et de la loi belge sur le travail de plateforme ?
N’est-ce pas essentiellement pour faire un coup de communication et être les premiers à signer avec Uber en Europe, sur la base de l’accord de la Fédération internationale des transports (ITF) [2]
 ?
Monsieur Moreels, avant de signer cet accord, vous auriez mieux fait de garder en tête la morale du lièvre et de la tortue : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Car attention, à force de jaunir, vous risquez de finir par rire … jaune [3] !

Voir en ligne : Zin TV

Notes

[1L’orgnisation sectorielle Transports de la FGTB

[2Sur l’accord ITF-Uber et sur le laboratoire britannique, voir Dufresne Anne, La stratégie politique d’Uber : lobbying et dialogue social, Gresea, octobre 2022.

[3Syndicat jaune : Hist. Syndicat qui arborait pour insigne un gland jaune et un genêt et défendait un type d’action fondé sur la collaboration avec la classe dirigeante (cf. JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. 88). Auj. Syndicat opposé à une grève, à une action revendicative, à l’indépendance du mouvement ouvrier, et souvent très lié au patronat. Il s’oppose au syndicat « rouge », c’est-à-dire proche des socialistes ou communistes.

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