[1/8] Dresser un profil de la personne auditionnée - Comment la police interroge et comment s’en défendre

Le média Renversé publie sur son site un focus en plusieurs partie autour du livre « Comment la police interroge et comment s’en défendre » que nous republions ici. Le livre Comment la police interroge et comment s’en défendre est pensé comme un outil d’autodéfense contre la pratique policière de l’interrogatoire. Un interrogatoire n’est pas un échange harmonieux entre deux individus. C’est un conflit. Dans ce conflit, notre ignorance fait leur force.

Partout |

Profilage

Avant tout interrogatoire, les inspecteurs·inspectrices en charge du dossier vont dresser un profil de la personne auditionnée. En fonction de l’importance de l’enquête, ce profil pourra être très détaillé et précis ou au contraire constitué uniquement de quelques traits de caractère grossiers.

Pour se faire une idée du comportement que tu pourrais avoir lors de l’interrogatoire, toute information disponible sur toi est bonne à prendre : situation financière, parcours scolaire, environnement social, relations familiales et professionnelles, passions, sensibilités et valeurs morales. Si tu as déjà eu affaire à la police, les procès-verbaux de tes précédents interrogatoires vont être parcourus afin d’anticiper tes réactions. Si tu as été arrêté·e et placé·e en garde à vue avant ton interrogatoire, les agent·es seront attentifs·attentives à ton attitude à leur égard, au niveau de stress et d’anxiété que te provoque la privation de liberté, à la facilité que tu as de t’exprimer, au choix des mots que tu utilises. Les informations disponibles sur ton état médical (alcoolisme, toxicomanie, maladie chronique, etc.) sont également des informations utiles, pour l’enquête autant que pour l’interrogatoire. Certains corps de police reçoivent des formations basiques de psychiatrie afin que les enquêteurs·enquêtrices soient capable de créer un profil psychologique de la personne interrogée en exploitant ses troubles psychologiques tels que la dépression, la bipolarité ou encore la schizophrénie.

Tu ne connais rien des policiers·policières en face de toi, eux·elles par contre, auront une idée assez précise de qui tu es.

C’est le propre du renseignement : cumuler des informations afin de gagner un avantage stratégique et une emprise sur son adversaire.

Classification des informations

Je sais que tu sais ce que je sais que tu sais (pensée policière)

Contrairement à toi, les inspecteurs·inspectrices ont connaissance du dossier d’enquête. Cela leur procure un avantage non négligeable. Lors de la mise en place de leur stratégie d’interrogatoire, les enquêteurs·enquêtrices vont répartir leurs connaissances en trois niveaux.

  1. Informations qui peuvent/doivent t’être transmises.
  2. Informations qui peuvent t’être transmises si cela peut te pousser à donner des informations en retour.
  3. Informations qui ne doivent en aucun cas t’être transmises.

Les informations de la deuxième catégorie te seront données si les policiers·policières estiment que cela leur donnera de nouvelles informations en retour. En clair, s’ils pensent que cela va aider à te faire parler. J’ai souvent entendu des personnes affirmer répondre aux questions de la police avec l’intention de pouvoir soutirer des informations sur l’état de l’enquête sans en donner eux·elles-même. C’est une vision qui me paraît dangereusement optimiste. Surtout lorsque l’on sait que les inspecteurs·inspectrices font l’effort de lister les informations à ne pas donner aux suspect·es. D’autant plus que l’une de leur stratégie consiste à exploiter une trop grande confiance en soi.

« Les éléments que tu as, tu n’es pas obligé de tout dévoiler d’un coup. Tu te sers de ce que tu as, tu as une boîte à outils si tu veux, alors des fois tu n’as rien dans ta boîte à outils, c’est une partie de poker, des fois tu as des éléments, mais ces éléments-là tu n’es pas obligé de les lâcher d’un coup, il faut les sortir au bon moment. Le travail consiste en ça, l’expérience c’est ça, c’est d’arriver à sortir les outils au bon moment, et de t’en servir avec adresse » [Parole de flic]

Exemples :

  • Informations qui peuvent/doivent t’être transmises.
    - Tu es inculpé·e pour émeute, manifestation non autorisée et dommage à la propriété
  • Informations qui peuvent t’être transmises si cela peut te pousser à donner des informations en retour.
    - Tu es spécifiquement suspecté·e d’avoir participé au pillage d’un magasin lors de la manifestation en question
  • Informations qui ne doivent en aucun cas t’être transmises.
    - Ton téléphone est mis sous écoute ce qui a permis à la police de savoir avec qui tu étais à la manifestation. Des perquisitions et arrestations sont dès lors prévues.

Anticiper les stratégies de défense

Dernier élément de préparation à un interrogatoire : suite à l’étude de ton profil, anticiper tes stratégies de défense. Est-ce que tu risques de présenter un alibi qu’il s’agira de vérifier avant de continuer la procédure ? Vas-tu t’engager dans la voie du mensonge ? Essaieras-tu de couvrir des ami·es ou vas-tu au contraire accuser un·e complice ? Vas-tu partiellement avouer les faits dans l’espoir de dissimuler une partie de la vérité ? Auras-tu la bonne idée de te protéger par le silence et le refus de répondre à leurs questions ? Comment vas-tu réagir lorsque tu seras confronté·e à tes mensonges, aux éléments de preuves, aux déclarations de co-accusé·es ou de témoins ?

En fonction de tous ces éléments, les inspecteurs·inspectrices vont choisir quelles stratégies et techniques d’interrogatoire utiliser contre toi et lesquelles laisser de côté.

Le livre “Comment la police interroge et comment s’en défendre” peut être commandé ici : https://projet-evasions.org/livre_interrogatoire/

Voir en ligne : Via Renversé

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