
Mercredi 6 novembre a été effectué un dénombrement des personnes sans abri* à Bruxelles. En 2022, on comptait déjà plus de 7 000 personnes sans abri à Bruxelles, parmi lesquelles près de 1 000 enfants. Les bénévoles et travailleur·euses de l’aide pour les personnes sans abri craignent de dépasser les 10 000 personnes prochainement.
Entre 2008 et 2018, le nombre de sans abri avait déjà quadruplé . Si les chiffres sont de plus en plus alarmants, la réponse des pouvoir publics reste pourtant largement insuffisante, tant au niveau de la prévention que de l’accompagnement des personnes sans abris. Pourtant, les solutions pour diminuer durablement le nombre de personnes sans abri existent. L’accès au logement est une des pistes prioritaires, bien plus pérenne que les solutions d’urgence en plein hiver qui sont pour le moment mises en place.
La population bruxelloise ne cesse d’augmenter. Pour répondre à la demande de logement, différents acteurs mettent en avant la nécessité d’augmenter l’offre de logements à Bruxelles. De nouveaux logements sont produits en suffisance pour satisfaire la demande bruxelloise, mais ces logements sont principalement petits, privés et chers. Bruxelles manque surtout de logements abordables, pouvant accueillir une famille, et en particulier de logements sociaux, qui ne représentent que 7% du parc immobilier bruxellois. Rappelons que plus de 50 000 ménages sont en liste d’attente pour du logement social à Bruxelles. Ces chiffres, comme ceux du sans abrisme témoignent de la crise du logement abordable à Bruxelles.
Le nombre important de logements ou bureaux vides est régulièrement mis en avant comme potentielle solution à la crise du logement, les estimations allant parfois jusqu’à 30 000 logements vides à Bruxelles. Or certains de ces logements vides sont en rénovation ou inaccessibles. Pour ce qui est des bureaux vides, le coût de la conversion en logement est très élevé, trop cher pour les pouvoirs publics. Jusqu’ici les bureaux convertis sont principalement devenus des logements haut standing, loin d’être accessibles. Le nombre de logements ou bureaux vides réellement mobilisables paraît donc bien en-dessous des estimations actuelles ; s’en saisir ne permettra pas de loger l’ensemble des personnes à la rue ou en attente d’un logement adéquat.
L’augmentation de logements publics et sociaux est une nécessité pour garantir le droit au logement de qualité aux habitant.es de Bruxelles. Cela passe par un rachat du stock de logement privé par les pouvoirs publics, mais aussi par de nouvelles constructions de logements sociaux, en gardant bien sûr en tête que la densification du bâti doit se faire de manière réfléchie, au vu des enjeux environnementaux actuels.
Lutter contre le sans-abrisme passe aussi par une politique d’accueil plus opérante. Les bénévoles qui ont réalisé le dénombrement expliquent craindre une augmentation des personnes sans-abris en raison de la « crise de l’asile ».
Les craintes des personnes du secteur sont d’autant plus vives qu’une nouvelle coalition gouvernementale se crée, avec des nouveaux budgets, pour financer l’accueil, le logement social et public, ou encore l’aide aux personnes sans abri.
Les prises en charge actuellement en vigueur pour aider les personnes sans-abri coûtent cher. Une nuit au Samu peut coûter jusqu’à 50 € au contribuable, alors que le logement social peut, sur du moyen et long terme, être rentabilisé. Les dispositifs anti-SDF (sans domicile fixe) sont coûteux également : mobilier anti-SDF, ajouts d’aménagements sur des bancs publics, traque policières, etc.. Lutter contre le sans-abrisme plutôt que de chasser ou réprimer les sans abris pourrait être une façon de réduire les dépenses du contribuable, en plus d’être une réponse nécessaire au non-respect du droit au logement d’un nombre grandissant de personnes à Bruxelles.
Légende :
*Personnes vivant à la rue, dans les logements d’urgence ou des centres d’hébergement pour sans-abri, des institutions, des logements non conventionnels, avec des amis ou des membres de la famille, ou qui sont menacées d’expulsion. – D’après la définition de Bruss’help (qui a effectué le dénombrement dont il est ici question)
Sources :
- https://bx1.be/categories/news/le-denombrement-des-sans-abris-a-ete-effectue-ce-mercredi-a-bruxelles-avec-un-record-de-benevoles/
- https://bx1.be/categories/news/combien-y-a-t-il-de-personnes-sans-abri-dans-les-rues-de-bruxelles-le-decompte-prevu-cette-nuit-sannonce-record/
- https://brusshelp.org/images/Infographie_rapport_Profils-des-personnes-sans-abri-et-sans-titre-de-sejour_FR.pdf
- https://www.ieb.be/Le-logement-la-solution-innovante-pour-les-sans-abri
- https://perspective.brussels/sites/default/files/documents/trends-tendances_20220915_bureaux.pdf
- https://usbeketrica.com/fr/article/bruxelles-couple-de-hackers-urbains-face-mobilier-anti-sdf
- https://www.ieb.be/Ce-que-la-promotion-immobiliere-fait-au-logement-et-aux-habitant-es-de
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