Centres fermés : 127bis et Caricole un samedi après-midi - 11 juin 2022

Ce samedi 11 juin 2022, plusieurs personnes soucieuses du sort des détenu.e.s dans les centres d’enfermement dits « pour étrangers » se sont rendues aux abords du complexe de centres fermés situé en périphérie de la région bruxelloise. Ces prisons enferment des personnes pour lesquel.les les « autorités », et en particulier l’Office de Étrangers, ont décidé qu’iels devaient quitter le territoire belge. Il s’agissait de faire sortir les récits et les besoins qui restent la plupart du temps enfermés derrière ces murs lourdement surveillés. Cependant, un déploiement disproportionné de policier·e·s a bloqué les personnes qui ont été interpellées et identifiées. Retour sur un après-midi face au centre fermé de Steenokkerzeel.

Belgique |

Le groupe de promeneur.euse.s, inquiet du sort réservé à ces détenu.e.s, décide d’aller leur faire un petit bonjour et leur faire part de leur solidarité et leur désaccord avec l’enfermement qu’iels subissent. Car oui, pendant plusieurs jours, semaines voire mois, ces personnes sont privées de liberté, par mesures administratives ! Au-delà de l’aberration de l’existence même de ces centres, les conditions de détention sont peu ou pas surveillées et peu connues ou médiatisées. Rappelons l’interdiction de visite des journalistes par exemple.

Les quelques personnes se dirigent tranquillement vers le Caricole, centre fermé dit de « transit », où elles tentent malgré la distance imposée par la fosse et les grilles électrifiées, de parler avec les prisonnier.ière.s. Visiblement, ces dernier.ière.s semblent content.e.s de l’échange. Le groupe leur communique un numéro de téléphone qu’iels peuvent appeler afin de témoigner de ce qui leur arrive. Il s’agit de faire sortir les récits et les besoins qui restent la plupart du temps enfermés derrière ces murs lourdement surveillés.

Le groupe retourne vers la route qui passe devant le centre fermé 127bis et mène également vers la « sortie » de ce complexe carcéral. Sur la droite, on constate que l’espace dédié aux logements « pour familles » est caché derrière des protections (de cyniques trompe-l’oeil délavés). Partout d’énormes grilles, portiques et autres grillages prévoient de barricader si nécessaire les espaces à proximité du centre. Qui craint-on donc pour prévoir un tel dispositif ? Un parking fraîchement construit, lui aussi entouré de grillages impressionnants, a remplacé les champs...

Le petit groupe s’arrête pour dialoguer tant bien que mal à travers grillages et barrières multiples avec les détenu.e.s. L’un réclame ses médicaments qui ne semblent pas lui être fournis, se plaint de la manière dont il est traité sans respect, l’autre insiste qu’il est originaire d’Inde, un autre encore souhaite pouvoir téléphoner...

Quelques échanges criés avec difficulté et voilà qu’une camionnette de police arrive. Certain.e.s gardien.ne.s avaient déjà fait l’aller-retour devant le groupe, via leur chemin de ronde, à l’abri du grillage extérieur et intérieur, pour faire remarquer qu’iels sont bien là.

La communication du numéro de téléphone dans plusieurs langues terminée, le groupe décide de quitter les lieux. Il se dirige donc vers la Tervurenlaan afin de rejoindre la gare de Nossegem.

Arrivé au bout de cette route, voilà qu’un véhicule de police de la zone Kastze s’arrête en trombe. Les policiers sortent du véhicule et l’un d’eux, le « chef », interdit au groupe de poursuivre sa route. Pour quelle raison ? pas de réponse, si ce n’est en flamand, qu’il eut fallut demander une permission pour une « manifestation ». Inutile de répéter qu’il ne s’agissait nullement d’une manifestation dans le cas présent. Une personne du groupe qui parle flamand répond cela au chef et se voit demander sa carte d’identité. À la question de savoir pourquoi, le policier répond qu’il faut que les autorités sachent qui se présente devant le centre et qu’aucune demande de manifestation n’a été faite. Le petit délai inhérent à la sortie de la carte d’identité permet déjà à ce policier de dire que l’interpelée refuse de donner sa carte, ce qui est faux. Visiblement, il se prépare déjà à faire état d’une infraction.

Entre-temps « du renfort » est arrivé : en tout, 4 camionnettes de police sont mobilisées. Parmi elles, un véhicule de la brigade canine dont on ouvre largement la porte pour faire voir que la pauvre bête s’y trouve... Iels sont aussi nombreux.se.s que le groupe empêché d’avancer, donc interpellé ; gros bras, petite coiffure bien nette ou faux gentil, la totale : une caricature ! Aucune faille dans ce dispositif glacé qui vise à faire peur, qui s’exprime en flamant précisant que cela est obligatoire ici en Flandre... Cela frise le ridicule.

La carte d’identité est analysée sous toutes les coutures et lorsque la personne souhaite la récupérer les policiers refusent, arguant qu’elle ne serait rendue que si l’ensemble des personnes donnent également la leur. Le policier précise qu’ils savent bien pourquoi le groupe est là et qu’il est nécessaire que l’identité des personnes se rendant au(x) centre(s) soit connue !

Les négociations trainent et la carte n’est toujours pas remise mais glissée sous le gilet dudit policier, qui d’ailleurs se permet de s’approcher bien plus que nécessaire de l’interpelée. La prise des noms, toujours sans remettre la carte d’identité confisquée, est la seule manière de la récupérer finalement. Ce n’est qu’après ce listage que le groupe est autorisé à poursuivre son chemin pour rentrer.

Plusieurs interrogations sur ces procédés : à qui est destiné un tel déploiement de moyens ? Pour quelle raison un tel fichage ? Flicage ? Qui ordonne une telle intimidation à l’égard des personnes qui souhaitent communiquer avec des détenu.e.s ? De quoi donc les autorités ont-elles peur quand un contact avec les détenu.e.s est établi ?

Est-ce que de telles intimidations empêcheront des mobilisations de solidarité avec les personnes enfermées dans ces taules ?

Non Aux Centres Fermés
Liberté Pour Tous Et Toutes
No Border

Notes

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