Petit lexique du sociolecte d’extrême droite

Dico du jargon des sphères antivax, complotistes et d’extrême droite publié initialement sur le site des Debunkers des rumeurs/hoax d’extrême droite.

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Lire l’article en entier sur le site des debunkers de hoax en cliquant ici

Cela fait un moment que cela nous trottait dans la tête, faire un mini dico évolutif du langage des fafs. Car le faf a un langage spécifique croisant plusieurs caractéristiques que nous allons détailler dans un premier temps, histoire de mieux comprendre ce qui se cache dans les définitions qui suivrons. Et pas que les mots, mais bien aussi les expressions que vous pouvez lire et dont vous vous demandez bien ce qu’elles peuvent bien signifier. Notre lexique est bien entendu évolutif, il ne tient également qu’à vous de nous envoyer vos mots, avec leurs définitions, vos remarques.

Bonne lecture.

Caractéristiques du sociolecte faf
Un « sociolecte » késako ?

En sociolinguistique, le terme « sociolecte » dénomme une variété d’une langue donnée, employée par une certaine catégorie de locuteurs. Le sociolecte a plusieurs caractéristiques dont celui de donner une identité de groupe à ceux qui le parlent et en comprennent les signifiants/signifiés de celui ci. Le sociolecte d’extrême droite est unique sur ces deux points.

Il donne une cohésion sociale et permet à celui qui le parle de se sentir appartenir à un groupe. Il existe plusieurs types de sociolecte, celui ci relève du « langage de spécialité ».

Quelles sont ces caractéristiques ?

Les « mots-valises » :

Le terme « mot-valise » est abusif de notre part. Il n’est utilisé ici que pour la compréhension. Le terme idoine est « Amalgame sémantique ».

En français, couramment, le terme « amalgame » désigne une combinaison de deux éléments différents. De là, il peut également désigner la confusion, souvent volontaire, de deux idées différentes. Plus simplement, faire un amalgame entre deux choses, c’est « rapprocher » ces deux choses sans qu’elles soient liées naturellement, et sans qu’il soit raisonnablement possible de les lier entre elles. C’est une technique de désinformation simple et efficace.

Le procédé est classique et ancien. A notre sens, c’est une marque de fabrique totalitaire. En effet, l’astuce consiste à relier dans l’esprit du contradicteur deux termes qui ne sont pas reliés par le sens ou sont même opposés.

Il a plusieurs conséquences/avantages certains :

  • Tout d’abord il permet une ECONOMIE de débat, il assène une vérité toute faite basée sur aucune vérité réelle (précisons qu’un fait ne fait pas une vérité).
  • Il lie inconsciemment deux concepts que parfois tout oppose. Il nie l’importance capitale d’un des deux concepts en le relativisant (par exemple « islamonazi » permet de relativiser la Shoah et le phénomène nazi).
  • Il permet à votre interlocuteur fascisant si vous demandez une explication sur ce terme de se lancer dans une logorrhée à nouveau remplie de ce genre de termes, et sur une présupposition de votre niveau d’intelligence puisque définitivement, vous n’êtes même pas capable de comprendre cela…
  • Enfin il induit (au mieux) une confusion, ou (au pire) la colère chez vous. Ce qui va vous faire changer de registre. Le registre du facho est l’émotionnel qu’il maîtrise généralement mieux que vous.

L’insulte

Que ce soit des mots simples, expressions ou « mots valises », l’insulte n’est jamais loin.

L’inversion accusatoire

Pratiquée extrêmement souvent par les sympathisants d’extrême droite et encore plus communément chez les personnes de structure… perverse. C’est une stratégie d’attaque-défense assez systématique, notamment chez les politiciens…

Et croyez nous ils connaissent très bien la technique, tellement que « Polemia » le média de la « nouvelle droite » qui théorise toutes ces sortes de choses a publié il y a quelques années un article absolument incroyable SUR « l’inversion accusatoire » et dans lequel il pratique cette même inversion !!!!
Nous ne donnerons pas le lien vers ce site pour ne pas lui donner de la visibilité.

Une sorte « d’Inception » de la pratique rhétorique perverse.

Exemple dans cet article où il est prétendu que :

« L’inversion accusatoire est un processus de défense bien connu des prétoires consistant à imputer la cause finale d’un délit non pas au coupable mais… à sa victime.
 
Ainsi, par exemple, si un touriste a été victime d’un pickpocket, c’est parce qu’il a été imprudent en faisant étalage de son argent : en quelque sorte il a incité le voleur à passer à l’acte.
 
Ne riez pas ! C’est en application de ce processus, par exemple, que dans le métro parisien on vous avertit dans toutes les langues que des pickpockets sont susceptibles d’être présents dans la station. Conclusion : s’ils vous volent ce sera de votre faute car la RATP vous avait prévenu ! »

Certes. Sauf que c’est un abus total de l’accusation d’inversion accusatoire. Ou alors on peut appliquer ce « raisonnement » aux panneaux qui vous conseillent de ne pas vous approcher trop près d’une falaise… Une inversion accusatoire courante à l’extrême droite et réelle celle là est d’accuser les femmes d’être responsable de leur viol au motif que la victime s’habillait de façon « légère ». C’est quelque chose que nous avons tous vu. Par extension le militant d’ED va accuser les féministes de provoquer cet affaiblissement de la morale et des mœurs.

ÇA, c’est de l’inversion accusatoire…

Le néologisme

Dans un sens général, un néologisme est tout mot nouveau entré dans le lexique d’une langue. La plupart du temps cependant on réserve l’emploi de néologisme à la création et à l’utilisation d’un mot ou d’une expression qu’on vient de former à partir d’éléments déjà existants dans la langue elle-même. C’est exactement ce que font les créateurs de ces mots d’extrême droite, ils essaient de faire passer de nouveaux concepts politiques (tous plus fumeux les uns que les autres) en passant par une économie d’étude et de définition. Ce sont des « néologismes de sens ». Pour la plupart, ils essaient de lier un sens signifié par un signifiant qui fera appel de préférence aux affects (d’où le choix des mots-valises).

LEXIQUE

Amalgame ou « Padamalgam »

Probablement né au moment des attentats de Merah, ce mot valise fût créé chez les identitaires. Ce mot a pour objectif de moquer la volonté des politiques et des médias de ne pas confondre délinquance, radicalisation et fanatisme avec l’appartenance à une religion, une ethnie. Bref, de ne pas sombrer dans les « amalgames ». Dans un mouvement d’inversion accusatoire, le mot « padamalgam » est justement un appel, un mot d’ordre à l’amalgame. D’où les centaines de twitt de ce style :

C’est un mot qui apparaît par vague de préférence lorsque les musulmans font la une des journaux. De préférence lorsqu’un responsable politique d’extrême droite lance une polémique ou effectue un dérapage sur le sujet. C’est à dire très souvent.

Anti-france

Le terme Anti-France désigne des groupes politiques, sociaux ou religieux accusés de trahir la nation française. Ce néologisme politique, datant des années 1890, est utilisé par la droite et l’extrême droite en France depuis que l’Affaire Dreyfus a reconfiguré le paysage politique sur la ligne nationalisme-internationalisme. L’expression a un sens proche de « cinquième colonne « , d’ » ennemi de l’intérieur » et de « parti de l’étranger ».
ça existe aussi en Belgique

Apatride, "finance apatride" (voir cosmopolite)

Synonyme de « juifs ». Selon Moishe Postone, c’est une expression datant des nazis. L’antisémitisme moderne allemand a développé cette thèse de « bouc émissaire » selon lequel les juifs seraient derrière les désavantages du capitalisme, sans que cette logique « biologisante » ne vise spécifiquement le système capitaliste lui-même.

Bankster

Mot valise désignant les pratiques discutables ou répréhensibles (vraies ou supposées) des dirigeants des très grandes banques, en particulier new-yorkaises, ou l’opacité des relations entre la très haute finance et les gouvernements des Etats. Mot crée vraisemblablement à la fin du 19e siècle. Puis réutilisé dans le Times en 1932. C’estLéon Degrelle qui lui donne le premier un sens réellement politique en 1936, dans son livre « Mœurs de banksters rouges. Les 300 millions de la Banque du Travail ». Puis par Carroll Quigley dans un livre très complotiste. La « John Birch Society » s’appuiera souvent sur cet écrit dans les années 1970. et en France par « Nicolas Miguet«  , un obscur homme politique d’extrême droite.

Ce mot concept s’est popularisé depuis la dernière crise financière, notamment grâce au succès du « documenteur » complotiste et antisémite « l’Argent dette«  . Abondamment utilisé dans les milieux rouges bruns.

Bien-pensant

Expression langagière se voulant insultante pour désigner l’opinion et le comportement des personnes dont les idées sont conformistes et soumises au « politiquement correct ». Les personnes « bien pensantes » cacheraient le « réel » par des euphémismes. Dans l’application réelle, sert à tout militant d’extrême droite à désigner toute personne exprimant des opinions anti racistes, antifascistes. Ce qui revient à un conformisme langagier et conceptuel soumis au « politiquement incorrect » qui n’est que la vieille expression de toutes les idées d’extrême droite. C’est en fait un processus « d’inversion accusatoire

Big-pharma

Expression utilisée de préférence par les complotistes. Semble avoir été principalement utilisé à ses débuts par la soralo sphère. Cette expression désigne tout à la fois une entité nébuleuse d’intérêts convergents autour de la fabrication des médicaments, de la santé en général, de la corruption généralisée censée régner dans ces milieux, la théorie du complot de « génocide » programmé de la population, etc… Bref un vaste concept gloubi boulga qui n’a au final aucun sens. Le sens principal étant que quand une industrie a des intérêts ceux ci sont -* forcément- dévoyés et opposés aux « intérêts du peuple ».

Bobolchévique

Mot-valise réunissant « bobo » (déjà un mot valise contractant « Bourgeois Bohème ») et « bolchévique ». Ce mot veut lier la petite bourgeoisie parisienne (des grandes villes) au communisme. Sous entendu : le communisme est composé non pas d’ouvriers mais de personnes qui ont des intérêts opposés au « peuple ».

Bon-sens/sens commun

Ancienne notion désignant opinions, croyances, et perceptions largement partagées au sein d’une organisation sociale donnée. C’est ce que l’on nomme parfois familièrement le « gros bon sens ». La philosophie des Lumières aura tendance à rendre cette notion péjorative en l’assimilant à tout ce qui n’est pas analysé dans une opposition pensée globale/individuelle. Au XIXe siècle, l’église tentera de refaire primer cette pensée globale en évoquant la foi, et les croyances, précèdent la raison individuelle par l’existence d’un sens commun, étant une pensée dont le fondement serait « ancestral ». Le sens commun désigne donc une forme de connaissance s’acquérant généralement par la socialisation, par opposition aux savoirs formalisés, écrits, codifiés, dont font partie les sciences. En rhétorique, l’invocation du sens commun sert à éviter les contraintes de l’argumentation. Il constitue la base de l’enthymème.

Cancel-culture

Mot concept au signifiant flou. A la base on peut définir la cancel culture (culture de l’effacement), ou call-out culture (culture de la dénonciation), comme une pratique (née aux États-Unis) consistant à dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, des individus, groupes ou institutions responsables d’actions, comportements ou propos perçus comme « problématiques ». Le terme connait par la suite différents avatars :

L’accusation de « cancel culture » est pour les populistes de droite, la droite radicalisée et tous ceux qui se fourvoient dans son sillage, un moyen de faire peur et de condamner à priori tout mouvement qui porte une critique de la société et un projet d’évolution progressiste visant à la rendre plus égalitaire.

"Chance pour la France"

Cette expression langagière fait référence au livre de Bernard Stasi « L’immigration est une chance pour la France » publié en 1984. C’est une antiphrase désignant soit l’immigration ou les immigrés quand elle est au pluriel. C’est un terme ironique des extrêmes droites qui attribuent tous les maux de la terre aux immigrés et à l’immigration en général.

Collabo

Inversion accusatoire consistant à insulter toute personne ne stigmatisant pas les musulmans lors d’attentats d’être des « collaborateurs des islamistes », au prétexte que l’islam serait le « nouveau totalitarisme nazi ». Sous entendu évident, cette insulte consiste en une tentative de faire oublier que la grande majorité des « collabos » étaient bien d’extrême droite. Deuxième sous entendu, les « vrais résistants d’aujourd’hui » sont les sympathisants de l’extrême droite.

Cosmopolite, « Oligarchie cosmopolite » (voir apatride)

Antonyme de « Nationaliste », ce mot est depuis très longtemps une insulte dans la bouche des extrêmes droites.

Crise migratoire

Le terme de « crise migratoire » ou de « crise des migrants » s’est imposé dans les médias et les déclarations politiques à partir de l’été 2015. Il est généralement associé à des considérations sur « l’afflux » de réfugiés et le caractère « inédit » ou « historique » du nombre des arrivées enregistrées au cours de cette année 2015. C’est un terme totalement subjectif.

Cuck

Mot d’argot d’origine américaine signifiant « cocu ». Désignant à l’origine des républicains pouvant être favorable aux idées démocrates, il désigne depuis toute personne n’étant pas d’extrême droite.

Elle fait également référence à un genre de pornographie interraciale dans lequel une femme mariée blanche délaisse son mari blanc, préférant avoir des rapports sexuels avec un homme noir. Le mari blanc est donc cocu ou « cuck ». L’humiliation ressentie est d’autant plus forte qu’au sentiment de trahison s’ajoutent le préjugé raciste de l’infériorité de l’homme noir et sa résonance avec la crainte ancrée dans la mémoire américaine du viol de la femme blanche par un Noir. Elle constitue une type de vexation que l’industrie n’a pas manqué d’exploiter en l’érotisant.

DroidelomiSSe : Insulte néologisme désignant toute personne parlant d’appliquer scrupuleusement les droits de l’homme. Il faut bien comprendre que l’extrême droite ne souhaite pas supprimer les droits de l’homme, juste en restreindre l’application à certains catégories ethniques/religieuses de la population. Suivant le bouc émissaire favori du faf utilisant cette expression. Particulièrement utilisé par les islamophobes qui considèrent que les « islamistes » utilisent l’argument des droits de l’homme à leur avantage contre ce que considère le sympathisant dED comme la « justice ».

Elite mondialisée (voir à Cosmopolite » et « apatride »)

Néologisme désignant un partisan du libéralisme économique. Par extension, désigne ces personnes comme des personnes voulant affaiblir l’idée de nation pour divers objectifs. Désigne également les « cosmopolites » et parfois « les juifs ».

Fragiles : Dérivé d’un mot wolof, « Babtou’ » étant le verlan de « Toubab » signifiant « blanc », « européen ». Un babtou fragile étant donc un blanc « éternelle victime ». C’est un mot « d’argot jeune des années 2000. L’ED se revendique du terme blanc, mais par opposition s’est désigné tout d’abord comme « babtou solide ». Puis par extension désignant tout non sympathisant de l’ED comme un « fragile » ne résistant pas au « grand remplacement », à l’immigration en général.

Féminazie ou féminazgul

Terme péjoratif utilisé pour désigner des féministes. C’est un mot-valise composé des termes « féminisme » et « nazi », popularisé par le républicain américain Rush Limbaughau début des années 1990.

Le terme est notamment utilisé par des anti-féministes dans les médias sociaux, ainsi que par des mouvements pour les droits des hommes. Son emploi peut avoir plusieurs motifs tels que discréditer les arguments de son interlocuteur ou empêcher les femmes de s’exprimer.
Le terme est parfois revendiqué par des féministes comme un pied de nez (ou un bras d’honneur) à ceux qui pourraient l’utiliser de façon péjorative.

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Voir en ligne : Le site des debunkers des rumeurs/hoax d’êtreme-droite

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